Construire une maison en maille c'est le projet d'une maison bioclimatique, solide et sûre, répondant aujourd'hui parfaitement aux normes de construction (sécurité incendie incluse) pour un prix compétitif. Certes, mieux vaut avoir des amis disponibles et du savoir-faire. Mais le résultat est très convaincant.

La paille en détail

Écologique, renouvelable, la paille est un matériau extraordinaire en tous points.

  • Énergie grise : négligeable ; (quantité d'énergie nécessaire lors du cycle de vie d'un matériau ou d'un produit : la production, l'extraction, la transformation, la fabrication, le transport, la mise en œuvre, l'entretien puis pour finir le recyclage, à l'exception de l'utilisation)
  • Coefficient de conductivité thermique : 0,040 à 0,065 W/m.K ;
  • Résistance thermique : R = 5 à 8 m2.K/W (peu de constructions dépassent 3) ; 
  • Performances acoustiques : 48 à 57,3 dB(A), quand la réglementation exige un seuil supérieur à 30 dB(A)...

La matière première provient de déchets agricoles. Plus précisément des longues tiges creuses de plantes céréalières (avoine, blé, orge, seigle...) qui partent régulièrement au feu.

De bonnes bottes de paille sont constituées de tiges fortes et souples, récoltées par temps sec et entreposées sous abri. Leur format dépend de l'engin qui les forme. Les longueurs peuvent varier de 85 à 105 cm, pour une hauteur et une largeur moyennes de 35 et 45 cm : poids de 15 kg, environ 2€/botte. Pour la construction, les bottes doivent être bien compressées, de tailles avoisinantes et sèches. Elles se déforment peu lorsqu'on les soulève par leurs ficelles.

La construction

Ossature en bois

La méthode de construction d'une maison en paille la plus courante est le remplissage d'une ossature bois. Reposant sur une semelle ou une dalle de fondation, les montants sont espacés à intervalles réguliers correspondant à la longueur des bottes.

Construction d'une maison en paille. © DR

Celles-ci sont empilées sur chant sans trop les comprimer mais en contrôlant bien leur aplomb. On peut y passer en attente les gaines électriques. Dès qu'une portion de mur est édifiée, elle reçoit recto-verso une première couche d'enduit de terre ou de chaux. Deux autres couches suivront en finition. Outre la rigidité des parois, l'enduit protège la paille contre l'humidité (risque de pourrissement) et dissuade les animaux (oiseaux, rongeurs...) qui pourraient s'y abriter ou s'en nourrir.

Murs porteurs en paille

Une technique plus ancienne consiste à monter les murs comme on le fait avec la brique et le parpaing. Compte tenu de la taille des bottes et de l'absence de mortier de scellement, le travail est plus rapide. L'empilement s'effectue à joints alternés en réservant les ouvertures des portes et fenêtres. Ce type de construction est toutefois délicat à concevoir : une mauvaise répartition des parois pleines et vitrées risque de fragiliser la structure porteuse... Les cadres des menuiseries doivent avoir une solidité apte à supporter la charge.

Le « Esserhof » de Barbara et Norbert, à Lana (Suisse) © esserhof.com

La toiture se compose de fermettes à la fois légères et robustes, en appui sur des sablières rigides (en bois). Celles-ci sont sont arrimées aux fondations par des câbles, du fil du fer épais... pour empêcher qu'un vent violent puisse soulever le toit. On doit attendre le complet tassement des murs avant d'enduire, ce qui peut poser problème en cas de pluie. Pour contourner la difficulté, il est possible d'accélérer le processus en comprimant partiellement les parois à l'aide de sangles à cliquet. Une opération qui exige un grand savoir-faire.

Finitions

À l'intérieur, on peut appliquer plusieurs types d'enduits (terre, terre + chaux, chaux CL ou NHL), poser des plaques de plâtre ou un revêtement bois ventilé sur frein-vapeur. Les mêmes enduits conviennent pour l'extérieur, en hydraulisant moins s'ils comportent de la chaux. Autre solution, le bardage bois. Dans son rapport intitulé « Paille et construction », Luc Floissac (GRECAU) précise que la perméabilité du revêtement interne doit être inférieure ou égale à celle du revêtement externe. Il fournit à cet effet un tableau de compatibilité des solutions applicables.

Les Compaillons

Le Réseau Français de la Construction en Paille est une association dénommée "Les Compaillons" qui rassemble particuliers, professionnels, organismes, associations agissant de près ou de loin dans le but de développer l'usage de la paille dans la construction.

La mission du Réseau est de développer et augmenter la demande d'utilisation de la paille dans la construction tout en développant une qualité et une quantité d'offres de prestation. Cette démarche doit s'inscrire dans le mouvement de l'économie sociale et solidaire, respectant l'environnement et favorisant les rapports humains.

Grâce à l'autoconstruction et à des initiatives multiples, la botte de paille a démontré empiriquement ses qualités et les milliers de bâtiments construits au travers le monde offrent à leurs occupants, toute la satisfaction d'un bâtiment viable.

La botte de paille a la particularité d'être non standardisée. Face à cette situation, auto-constructeurs, constructeurs, maçons, charpentiers, maîtres d’œuvre, architectes, organismes de formations, associations de militants se sont réunis sous une même bannière pour que cette spécificité soit reconnue, que les assurances garantissent les travaux, que les banques prêtent pour ces constructions, que les professionnels soient formés, pour que les caractéristiques scientifiques de la botte de paille soient décrites dans toute sa diversité, avec sa multiplicité de producteurs, au même titre que le bois. Le Réseau Français de la Construction en Paille travaille donc à la rédaction de règles de construction, à la mise en forme de référentiels pédagogiques, à la mise en laboratoire des différentes situations rencontrées sur les chantiers pour définir les limites d'emploi de la botte de paille.

Source : Futura Science